Il y a des jours où j'aimerais vraiment avoir un mode d'emploi. Des instructions claires, des explications étape par étape: «Si votre enfant claque la porte, appuyez sur le bouton A. S'il vous ignore, appuyez sur le bouton B. Si vous vous faites enrager mutuellement, appuyez sur le bouton C. Ou descendez à la cave pour vider une armoire». Hélas, il n'y a pas de mode d'emploi. Il n'y a que moi, à essayer de ne pas sombrer dans la folie avec mes deux filles de 13 et 18 ans.
Selon les psychologues, les conflits sont inévitables à cet âge. À l'adolescence, nos enfants sont pris entre trois feux: tempête hormonale, quête d'identité et besoin d'autonomie. Leur cerveau est en pleine reconfiguration, en particulier les zones liées – surprise! – à la régulation des impulsions. Sur ce grand chantier où le chaos règne en maître, certaines voies sont tout simplement impraticables. Seule consolation: ce chantier se terminera un jour.
Dans ses livres, le thérapeute familial danois Jesper Juul explique que les disputes sont très importantes. Les conflits ne sont pas un aveu d'échec, mais la preuve que les enfants se sentent pris au sérieux. À travers les disputes, ils endossent différents rôles, testent les limites et réfléchissent à la question «Qui suis-je?». Tout cela est bel et bon.
Mais comment garder son calme quand le ton monte? Voici quelques méthodes qui aident (un peu).
Premièrement: Choisissez vos batailles. Les expert·es parlent de conflits «essentiels» et «non essentiels». Ce qui relève de l'essentiel, ce sont les valeurs: le respect, la non-violence, la responsabilité. Ce qui relève du non essentiel, c'est l'état de la chambre de votre progéniture ou ses compétences domestiques. En d'autres termes, il importe peu que sa chambre ressemble à un dépotoir ou que les assiettes soient de travers dans le lave-vaisselle. Là-dessus, vous pouvez faire preuve de souplesse.
Deuxièmement: Mettez vos émotions à distance. Plus facile à dire qu'à faire, évidemment... Surtout quand on vient de nous hurler dans les oreilles qu'on est «la pire mère du monde». Malgré tout, les psychologues insistent: ne vous laissez pas entraîner dans cette spirale. Ne criez pas en retour. Respirez profondément, laissez passer l'orage – et ne réagissez qu'ensuite. L'objectif, c'est la désescalade.
Troisièmement: Écoutez ce que vos enfants ont à vous dire. Pas seulement par temps calme, mais aussi précisément quand la tempête se déchaine. Derrière les cris et les mots, parfois cruels, de nos enfants se cachent des besoins. Besoin de liberté, de reconnaissance, de sécurité, d'attention... Si vous savez lire entre les lignes, vous arriverez à construire des ponts – même si cela semble impossible sur le moment.
Bien entendu, il y a aussi des jours où rien ne fonctionne. Ces jours-là, bien démunie, je me demande si les autres parents s'en sortent mieux. Probablement pas. Et il faut bien l'accepter, malgré qu'on en aie: en matière d'éducation, il n'existe pas de solution miracle. Il faut décider au cas par cas et avancer à tâtons. Entre amour et lâcher prise. Entre clarté et chaos.
Quand la situation devient insupportable, je m'accroche désespérément à cette pensée: «Réjouis-toi! Ces conflits sont le signe que tes filles grandissent». Qu'elles apprennent à poser des limites et à défendre leurs opinions. Et c'est une excellente nouvelle. Non, il n'y a pas de mode d'emploi. Mais chers parents, rassurez-vous: vous n'êtes pas seuls dans la tourmente! Nous sommes tous à égalité face à l'adolescence de nos enfants!